La rencontre des immigrants et des locaux, un défi contemporain.

October 4, 2017

 

 

Bien que beaucoup d’entre nous pensent que l’émigration est quelque chose de récent, de tous temps les populations se sont déplacées et se sont installées dans d’autres pays que celui où elles sont nées. Force est de constater, que les mouvements de population sont de plus en plus importants et aussi de plus en plus dramatiques. 

 

Emigrer n’est pas une partie de plaisir.

Il est très rare qu’un individu parte juste pour le plaisir de s’installer dans un autre pays où l’on parle une autre langue et où se pratique une autre religion. Selon les chercheurs Nicassio et Pate, l’acte d’émigrer peut être comparé au divorce ou à la mort d’un conjoint (100% sur l’échelle de stress créée par Holmes et Rabe). 

Ce niveau de stress sera plus ou moins intense si le pays d’accueil a un niveau élevé de tolérance pour le pluralisme ou pas. 

 

Les réfugiés sont des survivants.

Aujourd’hui la question des réfugiés est un sujet délicat qui réactive les extrêmismes de droite et fait passer le message que ces personnes viennent profiter de nos avantages sociaux alors qu’il n’en est rien. Celles-ci essaient simplement de survivre en fuyant des pays où l’économie est ruinée, où la guerre sévit et où la nature est tellement dégradée qu’elle ne peut plus nourrir la population qui y vit. 

 

La colère refoulée ou le déni des émigrés.

En tant que praticienne en Constellations familiales, j’ai accompagné des centaines de clients issus de parents émigrés, ou exilés pour des raisons politiques. A chaque fois, j’ai constaté la même chose. Tout d’abord, une immense colère vis-à-vis du pays d’origine qui bloquait la personne dans sa capacité à recevoir ce que le pays d’accueil était prêt à donner. Ensuite, presque tous portaient les blessures d’injustice et de rejet. Ces différentes émotions bloquent la personne dans une bulle temporelle qui la place hors du temps. Elle n’est plus ici et maintenant, mais dans le passé, celui quand tout allait bien. Elle reste attachée à cette heureuse époque et fait tout ce qu’elle peut pour perpétuer cette ambiance ce qui crée des situations incroyables. Les immigrés n’évoluent ni avec le pays d’accueil, ni avec le pays d’origine. 

 

D’autres possibilités peuvent exister. Pour ma part, je suis issue d’une maman portuguaise et d’un papa belge. Ma mère a rejeté son pays au point de refuser de parler en portugais avec ses enfants. Elle s’est complètement adaptée à la Belgique et se sent plus belge que portugaise. On peut dire qu’elle est dans une forme de déni de ses racines.

 

Je sais de quoi je parle.

En ce qui me concerne, j’ai déjà vécu dans 4 pays différents (Belgique, Grande-Bretagne, France, Portugal). Bien que j’ai passé 40 ans en Belgique, mon expérience d’expat à Londres m’a rendue sensible aux difficultés que peuvent rencontrer les locaux comme les nouveaux arrivants. Aujourd’hui, j’envisage à nouveau une émigration. 

 

 

La colère des locaux et l’inconscience des immigrants.

Alors que je me prépare tranquillement à m’installer au Portugal, je prends le temps d’observer les différentes attitudes que ce soit de la part des portugais ou des immigrants. 

 

Ainsi, les portugais qui sont restés au pays sont les plus traditionnels, les plus attachés aux coutumes et aux habitudes héritées de leurs ancêtres. Bien entendu, cela n’empêche pas certains d’être ouverts aux nouvelles idées mais ils restent en minorité et doivent se battre tous les jours pour se faire entendre. Très souvent ces derniers ont étudié ou ont travaillé pendant quelques années à l’étranger pour revenir au pays. Ils ont vu qu’il était possible de faire autrement mais la résistance locale à la nouveauté est forte. Il en ressort une certaine frustration et un ressentiment. Ils n’ont pas envie de repartir et ils n’arrivent pas à vivre ce qu’ils souhaitent chez eux. 

 

Les immigrants, dans le cas précis du Portugal, généralement des européens du nord ( Grande-Bretagne, Allemagne, France, Hollande et Belgique) s’installent pour différentes raisons. Certains viennent pour y vivre à moindre coût leur retraite au soleil ce qui leur permet d’augmenter leur pouvoir d’achat. D’autres, viennent car la pauvreté n’est pas facile à vivre dans des pays froids. Ils squattent les propriétés abandonnées, s’installent sur des terres oubliées par leurs propriétaires émigrés sous d’autres latitudes depuis plusieurs générations. La plupart que ce soit les retraités ou les hippies ont du mal à apprendre le portugais. D’une certaine manière, ils restent dans leur bulle d’”expats”, continuant de vivre comme s’ils vivaient dans leurs pays. La rencontre entre les nouveaux venus et les locaux se fait tant bien que mal et des incompréhensions se développent, source de tensions. Bien entendu, il y a aussi des personnes qui ont des vrais projets qui peuvent booster l’économie locale. 

 

Dernièrement, j’ai eu l’occasion de lire un post d’un portugais sur un groupe privé Facebook qui exprimait sa frustration à l’égard des "hippies" qui squattent et vivent dans leur monde sans essayer d’apprendre les traditions locales. C’était le post qui a attiré le plus de commentaires depuis la création de ce groupe. Plus de 560 commentaires, tous plein de colère, d’incompréhensions, de blessures de rejet, qui m’ont fait réfléchir et écrire cet article.

 

Nous avons perdu le sens du rituel.

Selon Claude-Marie Dupin, “le rite et les rituels constituent le ciment des groupes humains ; ils donnent le cadre qui va permettre de marquer d’une façon stable les passages importants de la vie avec leur entrée et leur sortie. Ils vont manifester les racines du groupe et l’appartenance de chacun à ses racines.” Margaret Mead disait déjà il y a plus de 30 ans que les rituels étaient nécessaires à la construction de l’identité, connectant l’individu à un contexte culturel afin de lui donner du sens.

 

Je crois vraiment que tous les problèmes que nous avons aujourd’hui avec les difficultés d’intégration des deuxième, troisième générations d’enfants d’immigrés sont issus en partie par le manque de rituel d’accueil des nouveaux venus. Le sacré a disparu de nos vies quotidiennes depuis longtemps ce qui a une influence sur l’intégration des nouveaux habitants d’un lieu. Le rituel a une fonction importante dans la séparation et l’acceptation d’une situation, d’un évènement ou d’un changement de vie. 

 

Une fête d’accueil des immigrés.

Ainsi, il m’est venu l’idée que nos sociétés bénéficieraient d’un rituel d’accueil pour les nouveaux arrivants dans un quartier, un village ou une ville. Dans ce rituel, il pourrait y avoir plusieurs parties avec une étape qui permettrait de quitter son pays et une autre qui aiderait à accepter ce que le pays d’accueil est prêt à offrir. Ces rituels aideraient également les natifs à  accueillir et intégrer les immigrés et autres réfugiés avec leurs cultures et leurs habitudes.

 

Ainsi, j’imagine facilement qu’il y aurait un processus d’accueil avec une fête pour les nouveaux venus dans le petit village où nous allons nous installer, ce qui nous permettrait de nous faire connaître et de rencontrer ceux qui y vivent. Nous pourrions offrir des plats issus de nos traditions (la nourriture est un liant efficace entre les individus) et goûter à ceux de nos hôtes. Il pourrait y avoir une étape solennelle qui entérinerait l’installation, puis un repas et pour finir une opportunité de chanter ensemble les chants de chaque pays et de danser. 

 


En conclusion, l'émigration est un phénomène qui va continuer à s'amplifier dans les prochaines années créant de grands déchirements, divisant les familles et créant de l'isolement et des maladies mentales. Si nous ne cherchons pas les solutions pour pacifier les rapports entre les natifs et les immigrants, nous irons vers plus de rejets, plus d'extrémisme, plus d'intolérance et plus de violence. En tant que citoyens du monde, nous avons le devoir de nous ouvrir à la différence et de comprendre aussi ceux qui nous ouvrent les portes de leurs pays. La création de rituels appropriés pourrait être un outil qui aiderait à intégrer les nouveaux arrivants dans des structures sociales anciennes ce qui favoriserait l'ouverture à la nouveauté et le respect des traditions locales. 

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